Le poignet est une articulation complexe composée de huit petits os carpiens qui s’articulent entre eux et avec les deux os de l’avant-bras, le radius et l’ulna. Cette anatomie remarquable permet une grande amplitude de mouvement et une précision indispensable aux gestes quotidiens. Cependant, cette complexité rend également le poignet particulièrement vulnérable aux contraintes mécaniques. L’arthrose du poignet se caractérise par la dégradation progressive du cartilage qui recouvre ces surfaces articulaires. Lorsque le cartilage s’use, le frottement os contre os génère une inflammation, des douleurs chroniques et une raideur progressive.
Bien que l’arthrose du poignet soit extrêmement invalidante pour le patient, il existe aujourd’hui un éventail complet de traitements, du soin médical conservateur aux interventions chirurgicales conservatrices ou palliatives, permettant de préserver au maximum la fonction de la main.
Pourquoi développe-t-on de l’arthrose du poignet ?
Contrairement à l’arthrose du genou ou de la hanche qui est fréquemment liée au vieillissement naturel (arthrose primitive), l’arthrose du poignet est dans la très grande majorité des cas d’origine post-traumatique. Elle fait suite à une lésion osseuse ou ligamentaire passée inaperçue, négligée ou insuffisamment guérie.
La cause la plus fréquente est la fracture du scaphoïde, l’un des os clés du carpe. Lorsqu’une fracture du scaphoïde ne consolide pas (pseudoarthrose), l’architecture de la première rangée des os du carpe est perturbée, ce qui modifie la répartition des charges articulaires et entraîne une usure progressive appelée SNAC wrist (Scaphoid Non-union Advanced Collapse).
La deuxième cause majeure est la rupture du ligament scapho-lunaire, un ligament essentiel qui maintient la cohésion entre le scaphoïde et le lunatum. Sans ce frein anatomique, les os s’écartent et se désaxent, conduisant à une instabilité chronique puis à une dégradation cartilagineuse connue sous le nom de SLAC wrist (Scapholunate Advanced Collapse).
Plus rarement, l’arthrose peut résulter de maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, de microtraumatismes répétés d’origine professionnelle ou sportive, ou d’une nécrose avasculaire d’un os du carpe (maladie de Kienböck).
Symptômes et diagnostic : comment identifier l’atteinte ?
L’arthrose du poignet s’installe généralement de façon insidieuse. Le principal symptôme est la douleur, au départ localisée sur la face dorsale ou le bord externe du poignet. Cette douleur est de nature mécanique : elle s’intensifie lors des efforts de préhension, de torsion (ouvrir un bocal, tourner une clé) ou lors de l’appui sur la main. Avec le temps, une douleur nocturne ou au repos peut s’installer lors des poussées inflammatoires.
Au fur et à mesure que la maladie progresse, d’autres signes apparaissent :
- La raideur articulaire : la perte d’amplitude en flexion et en extension devient gênante pour les gestes simples de la vie quotidienne.
- La perte de force : le patient remarque qu’il lâche des objets ou peine à serrer fermement la main.
- Les craquements et les gonflements : le frottement articulaire provoque une sensation de crépitation, associée parfois à un épanchement de liquide synovial ou à la formation de kystes dorsaux.
Le diagnostic repose d’abord sur l’examen clinique mené par le chirurgien de la main. Il est confirmé par le bilan radiographique standard (radiographies du poignet de face et de profil). Les clichés permettent de visualiser la diminution de l’espace articulaire (pincement), la présence de condensation osseuse et d’ostéophytes (becs de perroquet). Dans certains cas, un scanner ou une IRM peut être demandé pour analyser précisément l’état des surfaces cartilagineuses restantes et la viabilité des os du carpe.
Les traitements conservateurs et médicaux
En première intention, et tant que l’arthrose reste tolérable sur le plan fonctionnel, la prise en charge vise à soulager la douleur et à ralentir la raideur sans recourir à la chirurgie.
Le repos articulaire à l’aide d’une orthèse sur mesure confectionnée par un orthésiste est un pilier du traitement. Portée principalement la nuit ou lors d’activités pénibles, l’orthèse stabilise l’articulation et diminue l’inflammation.
Le traitement médicamenteux associe des antalgiques simples et des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) prescrits lors des poussées douloureuses.
Les infiltrations représentent une option très efficace pour passer un cap douloureux. L’injection intra-articulaire de corticoïdes permet de réduire fortement le phénomène inflammatoire. Des infiltrations d’acide hyaluronique (viscosupplémentation) ou de PRP (plasma riche en plaquettes) peuvent également être proposées pour améliorer la lubrification de l’articulation et préserver le cartilage résiduel.
La kinésithérapie adaptée aide à maintenir les amplitudes articulaires utiles et à renforcer la musculature stabilisatrice de l’avant-bras sans forcer sur l’articulation usée.
Les solutions chirurgicales : de la préservation à la reconstruction
Lorsque le traitement médical ne suffit plus et que la douleur altère significativement la qualité de vie, une prise en charge chirurgicale est discutée. Le choix de la technique dépend strictement du stade radiologique de l’arthrose, de la demande fonctionnelle et de l’âge du patient.
Les chirurgies conservatrices de la mobilité
Ces interventions s’adressent aux arthroses partielles où certaines zones de l’articulation restent saines.
- La résection de la première rangée des os du carpe (PRC) : le chirurgien retire les trois os usés de la première rangée (scaphoïde, lunatum, triquetrum). La tête du grand os vient alors s’articuler directement sur le radius. Cette intervention préserve une bonne mobilité et soulage la douleur.
- La résection du scaphoïde associée à une arthrodèse quatre os : le scaphoïde usé est retiré, et les os restants de la deuxième rangée sont fusionnés entre eux à l’aide d’agrafes ou d’une plaque. Cette technique offre un poignet stable et indolore tout en conservant environ 50 % de la mobilité initiale.
Les chirurgies palliatives
Lorsque l’arthrose est globale et touche l’ensemble des compartiments du poignet, deux options principales existent :
- L’arthrodèse totale du poignet : elle consiste à bloquer définitivement l’articulation du poignet en fusionnant le radius aux os du carpe. Bien que la mobilité du poignet soit perdue, les rotations de l’avant-bras (prono-supination) et la mobilité des doigts restent parfaitement conservées. C’est la solution de choix pour redonner une main puissante, totalement indolore et stable, particulièrement chez les travailleurs manuels.
- La prothèse totale de poignet : similaire à une prothèse de hanche ou de genou, elle remplace les surfaces articulaires détruites. Elle s’adresse préférentiellement aux patients plus âgés ou ayant une faible demande fonctionnelle, car elle permet de conserver la mobilité tout en supprimant la douleur.
Dr Agout, Dr Prénaud, Dr Dufournier, chirurgiens de la main à Bordeaux
Synthèse : comparer les options chirurgicales de l’arthrose du poignet
| Technique chirurgicale | Indication principale | Avantage majeur | Impact sur la mobilité |
| Résection de la 1ère rangée du carpe | Arthrose localisée (SNAC / SLAC débutant) | Procédure simple, suites opératoires rapides | Conservation d’une mobilité utile (environ 60 %) |
| Arthrodèse partielle (4 os) | Arthrose localisée avec préservation du capito-lunatum | Excellente force de préhension, articulation stable | Conservation d’une mobilité partielle (environ 50 %) |
| Arthrodèse totale du poignet | Arthrose globale et sévère chez le sujet actif | Suppression définitive de la douleur, force préservée | Perte de la mobilité du poignet (doigts libres) |
| Prothèse totale du poignet | Arthrose globale chez le sujet âgé ou peu actif | Indolence complète en préservant le mouvement | Conservation de la mobilité sans force excessive |
FAQ : Questions fréquentes des patients
1. Peut-on prévenir l’apparition de l’arthrose du poignet ?
La meilleure prévention consiste à consulter rapidement un spécialiste en cas de traumatisme du poignet (entorse grave ou suspicion de fracture), même si la douleur semble supportable. La prise en charge précoce d’une fracture du scaphoïde ou d’une entorse scapho-lunaire évite le développement ultérieur d’une arthrose post-traumatique.
2. Est-ce que l’opération de l’arthrose du poignet empêche d’utiliser ses doigts ?
Absolument pas. Quelle que soit la technique opératoire choisie (y compris lors d’une arthrodèse totale), les tendons qui commandent la flexion et l’extension des doigts restent intacts. Vous conservez l’usage complet de votre main et de vos doigts pour attraper et manipuler des objets.
3. Combien de temps dure la récupération après une chirurgie du poignet ?
La durée varie selon l’intervention. Une résection de la première rangée nécessite généralement 3 à 4 semaines d’immobilisation, tandis qu’une arthrodèse demande 6 à 8 semaines pour obtenir une consolidation osseuse solide. La rééducation en kinésithérapie s’étale ensuite sur 3 à 6 mois pour optimiser la souplesse et la force.
4. Est-il obligatoire de se faire opérer quand on a de l’arthrose au poignet ?
Non. L’arthrose n’est pas une maladie vitale. L’indication opératoire repose exclusivement sur votre ressenti : si les douleurs deviennent quotidiennes, que les antalgiques ne font plus effet et que votre qualité de vie ou votre activité professionnelle est compromise, la chirurgie devient alors une excellente solution à discuter avec votre chirurgien.